Victoire Dauxerre, ancienne mannequin de l’agence parisienne Elite

Il y a 1 mois 42

Tout commence pour Victoire Dauxerre à l’âge de 17 ans. Alors qu’elle est en train de préparer son bac et le concours de sciences-Po, sa mère lui propose un moment détente, un moment shopping. 

Elle est alors repérée par un homme qui lui annonce qu’elle est la “prochaine Claudia Schiffer”. Et non ce n’est pas une blague, une technique de drague.  

J’ai toujours rêvé d’être comédienne

Très studieuse, Victoire n’avait pas imaginé devenir mannequin. Elle “n’avait pas conscience de son corps”. Mais elle loupe le concours de Science Po. C’est là qu’elle décide de reprendre contact avec le recruteur, de vivre cette expérience qui allait l’emmener à New York avec l’idée que cela allait peut-être lui donner l’occasion de côtoyer le monde du cinéma. 

C’était pour elle également une façon de rebondir, de faire face à ce premier échec. Ses parents demandent à rencontrer l’agence. On parle alors d’un contrat d’un an. La décision est prise pour Victoire ! 

Mes parents ne m’ont pas poussée, ni empêchée. Ils voulaient que ce soit ma décision

Après la réalisation d’un book, Victoire arrive à New York en pleine fashion week. En cohabitation avec 2 autres mannequins, le rythme est très soutenu. Chaque matin, son agent arrive avec une liste de casting à faire dans la journée. 

Pendant 2 semaines, c’est la course, ballerines au pied et talons aiguilles dans un sac ! 

Viennent ensuite les réponses. Et les journées qui s’enchaînent avec plusieurs défilés par jour. Victoire Dauxerre découvre des lieux magnifiques, des lofts, des hôtels très classes où on la maquille, où on prend soin d’elle. 

Je portais des vêtements absolument sublimes que je n’aurais peut-être jamais l’occasion de reporter

A cette époque, Victoire est totalement dans le déni de sa maladie, l’anorexie. 

Une maladie dont elle dit s’y être enfoncée toute seule après qu’on lui ait demandé d’entrer dans une taille 32. Sa vie alterne alors entre des moments “paillettes” et la réalité où “il ne fallait pas se nourrir”. 

Victoire Dauxerre a travaillé ainsi pendant un an. Elle aurait dû gagner 100.000 euros mais sur son compte seule la somme de 10.000 apparaît. 

L’agence prend un pourcentage, l’agent prend un pourcentage et ensuite ils déduisent tous les frais

Appartement, hôtel, avions... Tout cela est en quelque sorte à ses frais. Mais personne ne lui avait dit. “J’aurais peut-être préféré ne pas vivre dans le meilleur quartier de Manhattan”. 

Mais Victoire se dit quand même un peu chanceuse car elle a beaucoup travaillé. D’autres qui n’ont pas eu cette chance sont en dette avec leur agence et du coup ne peuvent pas arrêter. 

Aujourd’hui son agent est en prison pour avoir violé plus de 100 jeunes filles. Victoire a été confrontée à des moments très compliqué surtout rappelle t’elle quand on n’a que 17 ans. Sa chance a été d’être très proche de ses parents et donc régulièrement en contact avec eux. 

Même si elle reconnaît avoir vécu des moments, à l’instant T, magnifiques, la souffrance a été terrible. Elle s’est sentie déshumanisée et les conséquences de l’anorexie mentale ont été très compliquées.  

Les troubles du comportement alimentaire, j’en ai souffert pendant 8 ans

Et puis il y a eu l’ostéoporose à 19 ans et aussi tout l’aspect psychologique avec la perte de confiance en soi. 

Une maladie très sournoise. Il a fallu qu’un médecin lui dise “vous souffrez de ça”, pour qu’elle se rende compte qu’elle était malade. Elle s’inquiétait pour d’autres mais pas pour elle. On l’applaudissait quand elle perdait du poids, elle était comme les autres donc “tout allait bien” 

“Ma mère s’est dit que j’allais mourir” 

Pour Victoire Dauxerre, le mannequinat est un problème de santé publique. Pour les mannequins mais aussi pour toutes les jeunes filles et les jeunes hommes qui s’identifient. 

Si aujourd’hui, il y a de plus en plus de campagnes où les femmes assument leurs formes, c’est surtout, pour Victoire, grâce aux femmes et à la société. Et c’est un “coup marketing” pour la Haute couture. “Il va y avoir un mannequin de couleur, un mannequin plus size par défilé, et tous les autres extrêmement maigres” 

C’est de l’esclavagisme moderne

Pour “tuer cette souffrance”, Victoire a fait une tentative de suicide. Tentative qui a échoué heureusement.  

Ses parents l’ont alors emmenée dans un hôpital psychiatrique. C’est là qu’elle s’en est sortie. Pendant 3 mois, elle a pu voir un psychiatre tous les matins qui l’a aidée à se reconstruire. Le travail évidemment à durer plusieurs mois ensuite. 

Ça m’a fait beaucoup avancer pour me connaître, pour savoir ce qui me fait du bien ou pas

Aujourd’hui, Victoire a arrêté le mannequinat, elle est comédienne. Pour elle, le théâtre a été très thérapeutique. Ce dernier lui a permis de se reconnecter à son corps et à ses émotions. 

--> Aller + loin : Victoire Dauxerre a publié, en 2016, “Jamais assez maigre”, un livre autobiographique dans lequel elle témoigne du milieu du mannequinat et de son combat contre l'anorexie mentale.  

Ses débuts dans le mannequinat

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