Paris : les vendeurs à la sauvette se fournissaient au noir chez un grossiste de Rungis

Il y a 1 semaine 21

On les croise près des bouches de métro, ou directement dans les couloirs des correspondances : les vendeurs de fruits et de légumes à la sauvette. Un fléau pour les primeurs qui ont pignon sur rue, qui paient, eux, loyers, salaires, charges et taxes. Il y a quelques mois, un groupement de commerçants malmenés par la crise sanitaire a frappé à la porte de la préfecture de police de Paris, pour se plaindre de cette concurrence déloyale, à quelques mètres de leurs étals.

En mars, la brigade Sauvettes et contrefaçons (BSC) du commissariat du XVIIIe arrondissement, appuyée par le Service de l’accueil et de l’investigation de proximité (SAIP), a démantelé un réseau de vente à la sauvette de fruits et légumes. Et contrairement aux idées reçues, les vendeurs de rue n’étaient pas alimentés par des petites mains sous-payées pour récupérer les invendus... du marché de Rungis. « En y regardant de plus près, nous nous sommes aperçus que les produits étaient généralement en bon état. Cela a aiguisé notre curiosité. Donc nous avons déroulé la pelote de laine. Et sur ce dossier-là, elle est remontée jusqu’à… un grossiste de Rungis, qui vendait sa marchandise au noir », rembobine la commissaire centrale du XVIIIe arrondissement, Emmanuelle Oster.

«Tous les commerçants de Rungis ne sont pas des voyous»

Les policiers de la BSC ont enquêté sur ce réseau comme on démantèle un réseau de trafic de stupéfiants. « Nous sommes partis du vendeur de rue près de la station de métro. Et petit à petit, nous avons remonté toute la chaîne, par des surveillances et des filatures classiques », précise Bruno, le chef de l’unité spécialisée dans la lutte contre la vente à la sauvette. Rapidement, les policiers observent des interactions entre plusieurs vendeurs de rue. Et constatent que leur marchandise est étrangement la même. « Les surveillances nous ont permis d’établir qu’il y avait des livraisons. Toujours le même livreur, à bord de la même camionnette », déroule le brigadier-chef.

En suivant la camionnette, les policiers sont embarqués jusqu’au marché international de Rungis. Et découvrent qu’en réalité, plusieurs camionnettes se fournissent au noir, chez le même grossiste. « Chaque fourgonnette approvisionnait une quarantaine de vendeurs de rue, situés dans les XIIIe, XVIIe et XVIIIe arrondissements de Paris. Le circuit était assez important. Le trafic générait des dizaines de milliers d’euros par semaine », détaille Bruno.

Une fois livrée, la marchandise était conduite vers un lieu de stockage intermédiaire, qui permettait d’approvisionner cinq à six points de vente. « Ces stocks alimentaient des points relais temporaires, dans des halls ou des cours d’immeuble, des caves et même des toilettes publiques. La marchandise étant acheminée à pied, en caddies, par des petites mains. » En mars, quatre personnes sont interpellées en flagrant délit sur un point de livraison. Plusieurs centaines de kilos de fruits et des livres de comptabilité sont saisis. « Tous les commerçants de Rungis ne sont pas des voyous », souligne Emmanuelle Oster. « Mais on peut assez aisément imaginer, quand on voit le nombre de revendeurs de rue entre Paris et la petite couronne, qu’il ne doit pas y avoir qu’une ramification et qu’une branche. »

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