Paris : ces artistes partent à la chasse aux immeubles vides

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Par temps de Covid, mieux vaut être sous un toit. Et c'est vrai aussi pour les artistes Parisiens en quête d'ateliers. Gaspard Delanoë, 52 ans, militant associatif depuis 25 ans et à la tête du 59, rue de Rivoli (Ier), seul squat d'artistes officiels de la Ville, ne rate pas une occasion de militer « pour les milliers d'artistes qui ont besoin d'avoir un lieu pour travailler », souligne-t-il. Et de dénoncer les immeubles laissés vides dans la capitale.

Tous les dimanches - et ce sera encore le cas celui-ci - avec sa Brigade d'assistance à immeuble en danger (Brigadada), il part à la chasse aux bâtiments inoccupés, armé d'une banderole au discours sans équivoque. « Et chaque dimanche, nous pointons un lieu. Cela n'est pas difficile. Aucun recensement n'est fait. Mais il y a sans doute entre 200 et 400 bâtiments inoccupés à Paris », affirme-t-il.

Or, rappelle-t-il, en août 2019, la Ville s'était engagée, avec les bailleurs sociaux à faire de l'urbanisme transitoire. Une occasion de signer un contrat qui permet une occupation temporaire, au bénéfice d'associations ou de collectifs, d'un immeuble vide le temps de lancer un projet de restructuration et d'obtenir un permis de construire.

Le cas exemplaire à Paris est celui des Grands Voisins, dans le XIVe, aujourd'hui fermé et la caserne Exelmans, dans le XVIe, occupée en partie par des migrants, mais aussi des artistes ou des start-up. « Le travail sur ce sujet, pour des artistes notamment, est toujours en cours bien que ralenti par le Covid », souligne-t-on au cabinet de Carine Rolland, adjointe à la maire de Paris en charge de la culture.

Rue La Fayette, cet immeuble de la ville de Paris est vide… Mais surtout pour des raisons d’insalubrité. DR Rue La Fayette, cet immeuble de la ville de Paris est vide… Mais surtout pour des raisons d’insalubrité. DR  

Un immeuble de mémoire abandonné

« Il faut mettre en application cette mesure plus largement », lance alors le militant en passant à l'offensive. Dimanche dernier, c'est au 100, boulevard de la Villette (Xe) qu'il a pointé son action. « Une plaque indique que le Colonel Fabien, un grand résistant, a vécu ici. C'est un lieu de mémoire. Pourtant l'immeuble est dans un état de délabrement avancé, avec des fenêtres ouvertes ». Selon ses informations, un groupe hôtelier y a un projet de création d'un nouvel établissement. Ce dimanche, c'est dans le IIe arrondissement que l'action se portera. Il y a quelques semaines, c'est dans un autre quartier, Rue La Fayette (Xe), près de la gare du Nord, qu'il a dénoncé l'abandon d'un petit pavillon de la Ville de Paris.

Rue Jacob (VIe), le collectif n’a pas tenu deux jours, avant d’être expulsé. DR Rue Jacob (VIe), le collectif n’a pas tenu deux jours, avant d’être expulsé. DR  

Ian Brossat, adjoint en charge du logement et de l'hébergement d'urgence est bien convaincu par ce combat contre les immeubles vides. « La Ville de Paris et ses bailleurs sociaux mobilisent leur domaine intercalaire pour redonner une utilité sociale avant l'avènement de projets pérenne », indique-t-il en affirmant qu'aucun bâtiment de la Ville est sans occupation. « Près de quarante opérations de la Ville ou de ses bailleurs sociaux profitent de cet urbanisme intercalaire, comme le 70, boulevard Barbès (XVIIIe). Ce qui représente 4000 places d'hébergement », affirme le cabinet d'Ian Brossat, dont l'objectif est de ne laisser personne à la rue.

Réquisition possible des biens de l'Etat

Et le cas de la rue La Fayette ? « Nous le connaissons naturellement. Mais il est en mauvais état avec une présence de plomb dans les menuiseries et les murs qui nécessitent des travaux très importants de rénovation avant toute mise à disposition ». Le comité du Vieux Paris s'est en outre opposé à la démolition afin de conserver cette maison. Une étude d'utilisation est en cours pour la création de bureaux… Mais toujours pas d'ateliers.

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Mais l'Etat a aussi son lot d'immeubles vides, comme rue Jacob un bien de l'éducation nationale qui a été occupé deux jours avant d'être évacué pour les convenances d'un ministre voisin. « Les locaux d'état pourraient être réquisitionnés par la préfet. La ministre du Logement m'a promis des actions », affirme Ian Brossat, visant un hôtel particulier de la rue de Sèvres (VIe) et une autre rue Maurice-Ripoche dans le XIVe. « Nous disons chiche aux réquisitions », lance l'élu. Gaspard Delanoë, lui, dit chiche aux ateliers d'artistes…

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