Marion, 28 ans, violée et tuée par un collègue

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Blanca est rongée par l’inquiétude, ce vendredi 11 mai 2018. Toute la journée, cette mère de famille a tenté, en vain, de joindre sa fille Marion, 28 ans. Elle a même appelé à l’agence où la jeune négociatrice en immobilier est employée depuis deux ans. Mais sa fille ne s’est pas présentée à son travail. Blanca est allée sonner chez elle, rue de Picpus à Paris (XIIe). Personne. Plus inquiétant encore : la banque de Marion l’a contactée, pour signaler des retraits suspects sur le compte de sa fille. Blanca, paniquée, contacte les secours à 21h30.

Un peu plus d’une heure plus tard, les pompiers découvrent le corps de la jeune femme, entièrement nu, sur son lit, avec un drap bleu et une serviette blanche enroulés autour de la tête. Il présente de nombreux hématomes et lésions, dont une d’une douzaine de centimètres, semblable à une brûlure, sur le bras droit.

Aucune trace d’effraction n’est relevée mais un grand désordre règne dans l’appartement. Placards, armoires et tiroirs sont ouverts, comme s’ils avaient été fouillés. De nombreux objets et vêtements sont éparpillés. Les restes d’une soirée arrosée s’amoncellent un peu partout : bouteilles de vodka, de champagne, sachet de cannabis, préservatifs usagés… Mais aussi quatre couteaux, deux rasoirs — dont un brisé — et une boîte vide de souricide professionnel.

Une amie de la victime menacée et séquestrée

L’autopsie révèle que Marion est morte étranglée, après avoir été frappée et violée de façon particulièrement brutale. Un crime sordide, qui a traumatisé le voisinage. Cette « jolie femme », « grande brune » aux cheveux bouclés, « toujours apprêtée » selon un voisin, ne semblait pas avoir une vie particulièrement dissolue. Bien au contraire. Elle avait longtemps vécu dans cet appartement avec sa grand-mère, qui perdait la tête. Marion endossait avec abnégation un rôle d’auxiliaire de vie. « Elle s’est occupée d’elle jusqu’à sa mort. Nous la trouvions admirable », salue un autre résident de l’immeuble. « Elle avait toujours le sourire, un visage rayonnant. C’était quelqu’un qu’on remarquait », ajoute une voisine.

Fanny C., la meilleure amie de Marion, va très rapidement mettre les policiers du 2e district de police judiciaire (DPJ), saisis des investigations, sur la piste de Thomas J., 20 ans. Quand la jeune femme, inquiète de ne pas avoir de nouvelles, appelle sa copine dans la matinée du 11 mai, c’est cet étudiant, en alternance dans l’agence immobilière de Marion, qui finit par décrocher. Thomas assure à Fanny que Marion ne peut pas lui parler parce qu’elle a trop bu, mais qu’elle veut la voir. Fanny se rend aussitôt chez son amie. S’ensuit un huis clos glaçant. Selon le récit de Fanny, Thomas lui ouvre, puis lui place un couteau sous la gorge, menaçant de la tuer.

Thomas commence ensuite à l’étrangler avec le bras. Fanny aurait réussi à lui faire relâcher son étreinte en le griffant profondément. Le jeune homme aurait ensuite proposé un verre d’eau à Fanny. Après une gorgée, Fanny se sent rapidement faible. Elle raconte être restée assise dans le canapé du salon, incapable de bouger, pendant deux ou trois heures, jusqu’à ce que le jeune homme concède à la laisser partir.

Le jeune homme l’aurait étranglée d’une clé de bras

Après cette séquestration, Thomas a effectué plusieurs retraits avec la carte bancaire de Marion, pour un montant de plus de 1 500 euros. Avant de s’évaporer dans la nature. Un mandat de recherche est lancé contre lui. Le 17 mai, la mère de Thomas appelle la police : son fils s’est présenté chez elle, à Cagnes-sur-Mer (Alpes-Maritimes). Il reconnaît avoir tué Marion et souhaite se rendre. En garde à vue, il avoue avoir tenté, sans succès, sa chance avec Marion. Il raconte que le 10 mai, la victime et lui auraient convenu de se voir en début de soirée pour boire un verre. Vers 22h20, une dispute aurait éclaté au sujet de Fanny, que Thomas jugeait « toxique ». Marion lui aurait demandé de partir, et l’aurait giflé. Thomas aurait alors étranglé la jeune femme d’une clé de bras, jusqu’à ce qu’elle arrête de bouger. Ensuite, dit-il, « c’est le trou noir ».

Toujours selon ses déclarations, Thomas se serait réveillé, paniqué, vers 1h30 du matin. Il aurait alors ingurgité un sachet de souricide, avant de sombrer dans le sommeil. Il se réveille le lendemain vers 10 heures. Là, il transporte Marion jusqu’à sa chambre. Il la déshabille et l’enroule sous une serviette et des draps. Il finit par reconnaître des actes sexuels, mais affirme qu’ils se seraient déroulés après la mort de la jeune femme. Il se défend en outre de l’avoir frappée. Mais ses déclarations résistent difficilement aux expertises, qui ont relevé de nombreuses lésions traumatiques ante mortem sur tout le corps. Avec, notamment, des déchirures musculaires sur les cuisses, caractéristiques d’une scène de viol. Des traces de chloralose, le principe actif du souricide, ont également été retrouvées dans le contenu gastrique de la victime.

Une altération partielle du discernement ?

Pendant l’instruction, Thomas s’est muré dans le silence. « Je ne m’en souviens plus et même si je m’en souvenais, je ne voudrais pas vous le dire », a-t-il notamment déclaré. Le procès du jeune homme, aujourd’hui âgé de 23 ans, s’ouvre ce lundi devant les assises de Paris pour le meurtre, le viol et la torture de Marion, ainsi que la tentative d’assassinat et la séquestration de Fanny. Pour la juge d’instruction, le mobile « semble être celui du dépit amoureux ». À l’agence immobilière, de nombreux collègues avaient noté que le jeune apprenti « était toujours collé à Marion ». « C’était comme une hystérie amoureuse de sa part », a notamment déclaré Aurélien, qui était en passe de devenir le petit ami de Marion. « Le fait que Marion et moi nous rapprochions a été l’élément déclencheur d’une jalousie de Thomas poussée à l’extrême. »

Dans leur rapport, deux psychiatres ont conclu à l’altération partielle du discernement de Thomas, jeune homme parfaitement inséré et sans antécédent judiciaire, sous l’effet du cannabis et de l’alcool. Des conclusions qui devraient animer les débats devant la cour d’assises.

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