«Les politiques, personne ne les connaît vraiment !»: en Ile-de-France, l’abstention atteint des sommets

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Par Stéphane CorbyAlexandre ArlotNolwenn Cosson et Hugues Tailliez 

C’est une de ces villes où les électeurs se sont massivement abstenus d’aller voter dimanche, pour le premier tour des régionales et des départementales. À Chanteloup-les-Vignes, commune des Yvelines de 10 300 habitants, 81,82 % ont boudé les régionales (81,38 % pour les départementales).

« 81 % d’abstentions ? C’est difficile à entendre, s’exclame Véronique, mère au foyer de 55 ans. Évidemment que mon mari et moi avons voté. Mais je ne suis pas certaine que mes cinq enfants l’aient fait… » « A quoi cela sert puisque les politiques sont tous des menteurs, estime Kylian, croisé ce lundi devant la mairie. Ils prennent des décisions pour eux-mêmes, sans jamais se soucier des jeunes. Avec mes potes, il y a longtemps qu’on ne croit plus en eux. J’ai 25 ans et je n’ai jamais voté. » Difficile de motiver les jeunes, a fortiori à Chanteloup, où 50 % de la population a moins de 25 ans.

« On a vu des affiches, mais après ? s’interroge Stéphane, 25 ans, vendeur dans une boutique de luxe. Toute l’année, les politiques sont absents et transparents. On ne les découvre qu’au moment des scrutins. Mais personne ne les connaît vraiment. »

« J’en ai ras le bol, je fais ma révolution à mon petit niveau… »

L’abstention touche aussi les moins jeunes. « Ici, les commerces ferment les uns après les autres sans que rien ne bouge, s’enflamme Aziz, en montrant le bar Le Rallye racheté par la municipalité pour agrandir un parking. La maire est sympa mais son discours ne passe pas auprès des jeunes. » Ce commerçant du centre-ville n’a pas voté car il travaillait. Solange, qui tient le restaurant Au p’tit Bonheur, face à l’église, avait, elle, mieux à faire : « C’était la fête des pères et comme mon père réside loin, il était prioritaire… »

Martine, la soixantaine, prend le temps de s’arrêter deux minutes sur le chemin de l’école où elle emmène sa petite-fille. « Non, je n’ai pas voté et je n’irai pas non plus au second tour, renchérit-elle. C’est un ras-le-bol des politiques menées jusque-là. J’en ai ras le bol, je fais ma révolution à mon petit niveau… »

Près de 88 % d’abstention à Clichy-sous-Bois

Cette abstention, à qui la faute ? « Nous avons tous notre part de responsabilité, juge la maire (DVD) et candidate sur le canton Catherine Arenou, arrivée en tête (47,66 % contre 17,54 %) devant le RN aux départementales. Les gens n’avaient pas d’hostilités mais ils ne savaient pas de quoi on parlait. J’espère que ceux qui ne sont pas venus au premier tour auront un peu honte et se déplaceront dimanche prochain. »

La situation de Chanteloup n’est pas isolée, en témoigne l’abstention à Grigny (Essonne) : 81,52 %. Ce n’est pas la première fois que la commune, classée commune la plus défavorisée de France par l’observatoire des inégalités, se démarque par son abstention. Lors des élections régionales de 2015, elle atteignait 68.94 %.

La même année, lors des départementales, 66, 26 % des électeurs ne s’étaient pas déplacés au premier tour, et 65,43 % au second. Et les municipales ne passionnent pas plus. En 2020, 67,60 % des électeurs avaient boudé le scrutin des élections municipales. Six ans plus tôt, en 2014, le taux d’abstention était de 51,15 %.

En Seine-Saint-Denis, où ce taux est le plus élevé d’Ile-de-France (75,78 %), six villes sont au-dessus des 80 % de non votants : Sevran (80,23 %), Tremblay-en-France (80,59 %), Stains (81,75 %), Bobigny (82,38 %), Épinay-sur-Seine (82,43 %) et Clichy-sous-Bois, qui détient le triste record (87,98 %).

« On a passé parfois deux heures sans voir personne »

Un mal qui n’épargne pas la campagne. À Moussy-le-Vieux, un village de Seine-et-Marne (1 460 habitants), 79,4 % des électeurs se sont abstenus. « On n’a pas compris », admet le maire Armand Jacquemin. Dans sa commune du canton de Mitry-Mory, situé dans le nord-ouest du département, il n’y avait que 166 votants sur 808 inscrits.

« Le premier votant s’est pointé à 8h35. D’habitude, à l’ouverture, à 8 heures, il y a toujours du monde qui attend. Là, on a passé parfois deux heures sans voir personne ! Alors on se racontait des histoires drôles pour passer le temps. Que des histoires drôles… »

Aux dernières municipales, l’abstention frisait les 40 %. « C’était le début de l’épidémie et il n’y avait qu’une seule liste, la mienne, alors ce n’était pas passionnant, reconnaît-il avec le sourire. Cette année, les effets de l’épidémie de Covid et le ras-le-bol du confinement ont duré pendant des mois. Alors depuis quelques jours, il y a comme un vent de liberté qui s’est mis à souffler. D’autant qu’il faisait beau dimanche. Et puis, aujourd’hui, il n’y a plus ni gauche ni droite ; il n’y a plus que les extrêmes. Et bizarrement le RN est en 2e position chez nous… »

Selon l’élu, philosophe, « de nouvelles habitudes sont prises et d’anciennes perdues. Comme la bise… » Et peut-être le vote ?

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