Journées du patrimoine : Daniel Buren pavoise l’Élysée de bleu, blanc, rouge… et de rayures

Il y a 3 jours 16

Comme un clin d’œil, peut-être pas tout à fait fortuit, à l’Histoire… Trente-six ans après les célèbres, et longtemps controversées, colonnes du Palais-Royal voulues par François Mitterrand, revoilà Daniel Buren à la réalisation d’une commande d’État. Cette fois, il ne s’agit pas d’être sous les fenêtres du ministère de la Culture, mais au cœur même du pouvoir, de la République, au Palais de l’Élysée, par la grâce d’un autre Président, Emmanuel Macron.

Baptisée « Pavoisé », l’œuvre aux couleurs nationales a été terminée spécialement pour être visible ce week-end par le grand public lors des Journées du patrimoine. Elle a été révélée ce lundi en présence de l’artiste, devant un aréopage de personnalités, dont la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, Nicolas Sarkozy mais aussi, et presque inévitablement, Jack Lang, ministre de la Culture en 1985.

Dans le prolongement de la salle des fêtes du Palais, entièrement restaurée en 2019, Daniel Buren a réinventé toute la verrière du Jardin d’Hiver. Aux carreaux classiques et transparents, il a substitué une alternance de verre bleu, blanc, rouge et… rayures, ces bandes qui sont la constante majeure de son travail depuis 55 ans. Un patchwork qui, sous les rayons du soleil, inonde la pièce de motifs géométriques colorés, évoluant au fil de la journée, courant de la moquette aux murs, reflétés par les miroirs alentour.

« Résolument patriotique, profondément éphémère et éminemment libre »

Plutôt festif et joyeux, le procédé ne choque en rien auprès des ors de la République. Côté références, on peut y voir, comme Donatien Grau, écrivain, philosophe et critique d’art présent ce lundi, « un hommage à un grand artiste français : Claude Monet, qui avait peint un espace pavoisé, aux couleurs du drapeau français, dans son chef-d’œuvre La Rue Montorgueil (en 1878), au moment où la République était consolidée. »

«Pavoisé» doit rester en place jusqu'en février 2022

«Pavoisé» doit rester en place jusqu'en février 2022 We Are Content(s)/Stéphane Aboudaram

« Pavoisé » n’a pour, le moment, pas vocation à la pérennité. Il s’agit d’une « exposition », comme l’a rappelé Emmanuel Macron dans son discours, prévue pour durer jusqu’en février 2022. Pour autant, le Président assume pleinement ce qu’il a qualifié d’« idée folle » et la commande de cette verrière tricolore dans laquelle il a voulu voir quelques symboles. Saluant « une œuvre résolument patriotique, profondément éphémère et éminemment libre », il a ainsi estimé que « dans ce moment où la vie va reprendre tous ses droits, cette œuvre s’inscrit dans une volonté non seulement de faire de l’Élysée un lieu de la créativité contemporaine, mais de demander à chacune et chacun d’avoir cette part d’insolence, de liberté et de réinvention de notre pays. »

Quant aux possibles réactions ou polémiques, le président de la République ne semble guère les craindre. « Il y a une audace, de sa part, comme de la nôtre. Mais la société a changé en 36 ans, le lieu n’est pas le même… Paradoxalement, sa vraie crainte à lui, c’est d’assumer le drapeau français, d’être considéré comme un artiste officiel. Moi, je suis très fier qu’on puisse réapproprier ce drapeau qui appartient à tous nos concitoyens, que l’on assume un patriotisme ouvert et créatif. »

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