Audrey Pulvar, l’erreur de casting d’Anne Hidalgo ?

Il y a 1 mois 46

Même s’ils ne le reconnaissent pas publiquement, la question trotte dans l’esprit de la plupart des élus socialistes parisiens : en poussant Audrey Pulvar, son adjointe à l’alimentation durable et l’agriculture, à prendre la tête de la liste socialiste pour les élections régionales, la maire de Paris n’a-t-elle pas commis une erreur de casting ? Les résultats du premier tour qui placent la patronne de la liste Ile-de-France en commun (11,07 %), deux points derrière le candidat écolo Julien Bayou (12,95 %) et moins d’un point devant Clémentine Autain (10,24 %), chef de file de la France insoumise et des communistes, attestent en tout cas d’une singulière contre-performance…

«Les Parisiens ont préféré l’original à la copie»

Fin connaisseur des arcanes de la gauche parisienne, Jacques Boutault (EELV), maire du IIe de 2001 à 2020, aujourd’hui conseiller d’arrondissement à Paris centre, fait ce diagnostic : « L’erreur d’Anne Hidalgo, c’est d’avoir choisi un profil très écolo compatible en la personne d’Audrey Pulvar qui a été présidente de la fondation Nicolas Hulot. Mais quand les gens veulent voter écolo, ils préfèrent toujours l’original à la copie et choisissent le vrai écolo ». Non encartée au PS, Audrey Pulvar pouvait-elle réellement incarner les socialistes aux yeux des Franciliens ? « Les électeurs l’identifient plus comme une journaliste de télévision que comme une responsable politique », répond sans détour Jacques Boutault. Avant de saluer « la victoire de Julien Bayou et le rassemblement des trois listes de gauche qui crée une dynamique et peut nous permettre de l’emporter le 27 juin ».

Ancien président du Samu social, Eric Pliez, maire du XXe élu sous l’étiquette Paris en commun en juin 2020, refuse de parler d’erreur dans la distribution des rôles. « Comme Audrey Pulvar qui a été une vedette de la télévision avant de gérer la fondation Nicolas Hulot, je viens de la société civile, observe le maire du XXe. Nous n’avons donc pas tous les codes de la politique, ce qui peut nous jouer des tours. Il y a aussi eu un acharnement médiatique contre notre candidate, notamment avec l’exploitation de la polémique sur les réunions non mixtes ». À ceci près que l’ancienne journaliste est particulièrement bien placée pour savoir combien une petite phrase sortie de son contexte, peut être lourde de sens lorsqu’elle tourne en boucle sur les chaînes d’information en continu…

Une candidate trop attaquée ?

Préférant parler de « performance pas à la hauteur de nos espérances » plutôt que de « contre-performance », Eric Pliez fait aussi valoir que « les candidats de gauche sont dans un mouchoir de poche ». Et se montre néanmoins optimiste pour le deuxième tour : « La gauche a de grandes chances. Rien n’est perdu ».

Tout en reconnaissant qu’« il y a eu des erreurs dans la campagne, même si le temps n’est pas venu de faire des commentaires sur l’avant premier tour », le sénateur Rémi Féraud (PS), président du groupe socialiste au Conseil de Paris, estime qu’ « à partir du moment où il y avait trois listes de gauche, il y avait un problème de lisibilité dans l’électorat. Le score d’Audrey Pulvar est une déception, même si le résultat cumulé de ces trois listes est tout à fait intéressant ». Il n’en demeure pas moins qu’avec 34,26 % des voix, le total des candidats de gauche qui atteignait près de 40 % au premier tour des régionales de 2015, est plutôt bas.

Le regard tourné vers ce dimanche 27 juin, Rémi Féraud qui a travaillé toute la nuit de dimanche à lundi à la fusion des listes, entrevoit déjà la bataille de l’entre-deux-tours qui commence : « Valérie Pécresse qui n’a pas de réserve de voix, va mener une campagne très violente et très à droite. Elle va chercher à faire peur en dénonçant les islamo-gauchistes. À gauche, nos réserves de voix se trouvent chez les abstentionnistes, notamment chez les jeunes, d’autant que traditionnellement, l’électorat de gauche se mobilise plus au deuxième tour, surtout en Ile-de-France ».

A l’état-major de campagne d’Audrey Pulvar, on répondait ce lundi après-midi d’une formule très langue de bois : « Je ne suis pas sûre qu’on sera en capacité de vous répondre ». No comment !

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