Affaire Benalla : « Ce qui est sûr, c’est que c’est une arme factice », affirme l’ex-chargé de mission de l’Elysée

Il y a 2 jours 17

Au tribunal judiciaire de Paris,

Étudiant en droit, Alexandre Benalla rêvait d’embrasser la carrière de commissaire de police. « Mais ça ne s’est pas fait… », regrette aujourd’hui à la barre l’ex-chargé de mission de l’Elysée. Quelques années plus tard, en juillet 2018, il est identifié par le journal Le Monde sur une vidéo où il apparaissait avec un casque des forces de l’ordre, brutalisant une femme et un homme place de la Contrescarpe à Paris, à l’issue d’une journée de manifestation émaillée de heurts. Aujourd’hui âgé de 30 ans, il est jugé pour ces faits depuis lundi à Paris, mais aussi pour avoir frauduleusement utilisé des passeports diplomatiques après son licenciement de l’Élysée, et pour avoir illégalement porté une arme en avril 2017 à Poitiers, pendant la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron.

Costume bleu marine, cravate noire et rouge à pois, Alexandre Benalla a répondu, durant près de trois heures, aux questions de la présidente, Isabelle Prévost-Desprez. Après avoir rappelé longuement les faits qui sont reprochés aux quatre prévenus, la magistrate s’est étonné qu’au cours de l’instruction, l’ex-adjoint au chef de cabinet de la présidence ait pu avoir « un comportement irrespectueux ». A la lecture de certaines pièces du dossier, dit-elle, « on se dit "mais pour qui il se prend !" ». Elle rappelle notamment que, lors de la perquisition de son domicile d’Issy-les-Moulineaux, il avait refusé de communiquer aux enquêteurs le numéro de sa compagne. « Je ne voyais pas le rapport qu’elle pouvait avoir avec les faits, avec l’enquête lancée tambour battant sous la pression médiatique », explique-t-il, soulignant qu’il souhaitait la protéger.

« Attitude inadaptée »

A l’époque, il a été « surpris » d’apprendre qu’une enquête avait été ouverte après les faits du 1er mai 2018. « J’avais l’impression d’avoir fait quelque chose de positif pour la société, c’est-à-dire interpeller des délinquants », assure sérieusement l’ancien proche collaborateur d’Emmanuel Macron. Ce qui ne l’a pas empêché, ose-t-il, d’avoir été « très collaboratif » avec les policiers. Pourtant, on se demande toujours pourquoi il a fait déplacer, dans la nuit, le coffre-fort contenant ses armes qui se trouvaient dans son appartement. « Mon domicile était facilement identifiable », soutient-il. Avant d’ajouter : « Je pouvais être ciblé par des gens mal intentionnés ». Même s’il affirme avoir remis les armes à la justice, une instruction est toujours en cours sur la disparition de ce coffre-fort.

« Pour quelqu’un qui a voulu être commissaire de police », n’est-ce pas une « attitude inadaptée ? » demande Isabelle Prévost-Desprez. « Non, je ne pense pas », répond Alexandre Benalla, qui réfute toute « provocation ». Comment qualifier alors la photo, projetée dans la salle d’audience, sur laquelle il pointe ce qui ressemble à une arme à feu sur la tête d’une femme qui prend un selfie ? Il s’agit « d’une saynète idiote » avec « une fausse arme », se défend-il. Le cliché, révélé par Mediapart, a été pris en avril 2017, à Poitiers. Or, avant le 13 octobre 2017, il n’était pas autorisé à porter une arme en dehors de son domicile ou des locaux d’En Marche, souligne Isabelle Prévost-Desprez qui s’emporte. « Excusez-moi du terme mais un rigolo qui joue avec un pistolet à eau » et qui est chargé de la sécurité d’un candidat à la présidentielle, « il y a comme un décalage ».

« Le geste est idiot »

« Cette photo, elle n’est pas bonne », convient Alexandre Benalla. « Le geste est idiot, ce qui est sûr, c’est que c’est une arme factice », martèle-t-il. Jamais il n’a « sorti du QG » de campagne les armes détenues par le parti, ni de son domicile celles qu’il possédait, jure le prévenu qui encourt jusqu’à sept ans de prison et 100.000 euros d’amende. Le procès doit durer jusqu’au 1er octobre.

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