A Paris, les tournages de «C à vous» divisent le voisinage

Il y a 1 semaine 19

« Waouh, bravo ! Grâce à vous, Hervé, on est réconciliés avec nos voisins », s’enflamme Anne-Elisabeth Lemoine à la fin du live de « C à vous », en pensant entendre des encouragements lundi soir après la prestation de l’invité musical. « T’emballe pas, t’emballe pas », lui répond Patrick Cohen, dubitatif. Quelques jours plus tôt, le chroniqueur Bertrand Chameroy avait montré une séquence off de l’émission où la bande de France 5 entend des « Moins fort, moins fort » venant de l’immeuble d’en face, au cœur du très chic VIIe arrondissement de Paris.

La cause de ce problème de voisinage ? L’installation de la partie dîner dans une cour extérieure, et non plus dans le studio habituel, depuis la réouverture des terrasses le 19 mai. Alors, vraie réconciliation ?

«Pourquoi ils ne vont pas tourner à La Plaine-Saint-Denis ?»

Mercredi, 17h30 heures, à l’arrière du siège de Mediawan, qui fabrique « C à vous ». Des techniciens font des tests son avant le mini-concert du soir : -M- et Ours. De l’autre côté des murs, une voisine rejoint son domicile, des pots de fleurs dans les mains. Elle n’a rien entendu de ce qui se prépare juste derrière mais bouillonne déjà. « À C à vous, ils n’ont aucun respect pour nous », râle cette membre du conseil syndical de l’immeuble mitoyen.

Pour dénoncer des « nuisances sonores » avant, pendant et après l’émission, celle qui assure « connaître Anne Hidalgo », a écrit à la production ainsi qu’à la division tranquillité publique de la mairie de Paris. « Les victimes, ce sont nous. Pas eux, insiste-t-elle. Pourquoi ils ne vont pas tourner à La Plaine-Saint-Denis ? » Puis elle brandit une vidéo amateur tournée pendant un direct depuis les étages : « Alors, vous comprenez notre gêne maintenant ? » Avec le bruit de la rue, on n’entend rien. Au calme et le son au maximum, on entendra juste des rires.

Arrive alors Ricardina, gardienne de l’immeuble et fan de « C à vous » : « J’adore Babeth. Elle est fofolle, se trompe beaucoup sur le nom de ses invités, mais avec elle, ça passe bien. » On sonne ensuite à l’interphone du cinquième étage, où habite le couple de voisins mentionnés à l’antenne. « Montez ! » Les escaliers, pas le son. Philippe, dentiste à la retraite devenu mécène, nous accueille avec le sourire dans son luxueux appartement. Direction la cuisine, avec vue plongeante sur le plateau de France 5. « Vous voyez, c’est la kermesse !, peste-t-il. Ça fait cinquante ans qu’on est là. Nous avons eu des travaux pendant cinq ans et maintenant, une salle de jeu. Ça fait caisse de résonance. Ils ont un peu baissé les retours, mais on en souffre toujours. Qu’ils fassent leurs cartons. »

« On n’est pas du tout réconciliés, ajoute sa compagne. Au contraire, on se met à notre fenêtre pour se moquer de l’animatrice, qui rigole trop fort. On devrait même appeler la police. » Elle croit déjà tenir sa petite vengeance : « Pendant leur répétition, on met à fond le rappeur HK ». Voilà pour les mécontents.

«Qu’ils invitent Booba, ça réveillerait le quartier»

Les autres voisins sondés sont plutôt ravis de cette cohabitation inédite. « On entend effectivement les balances et les lives, mais c’est de la bonne musique, raconte Agnès, directrice artistique de 51 ans. On entend surtout râler notre voisin ! » Pareil pour son mari Rodolphe, directeur commercial, qui « aimerait bien être invité à assister au tournage » et apprécie croiser des « BHL ou JoeyStarr se rendre à la porte d’à côté ». Au-dessus, Isé, père de famille de 34 ans, est surpris de notre présence : « Ah bon, il y a une émission ici ? C’est quand ? Je n’ai rien entendu. » On lui explique. « Il y a -M- ce soir ? Trop cool. Faudrait qu’ils montent le son et invitent Booba, ça réveillerait le quartier. »

Au quatrième, Claudine, 85 ans, est tout aussi tolérante : « Un peu de bruit, ça fait de mal à personne. On aime la vie, nous. » Sur le même pallier, c’est toute une famille de cinq enfants qui se penche aux fenêtres pour apercevoir Matthieu Chedid, à 20h18. Il y a les jumeaux, Louise et Arthur, 6 ans, que la musique « empêche parfois de dormir ». Et aussi Victoire, Dauphine et Igor (9, 12, 14 ans) surexcités par cette distraction gratuite, tout comme leur nounou, Olivia. « Et ça y va ! Vous entendez la guitare ?, nous apostrophe Philippe du cinquième étage. À supprimer ! »

Trois minutes plus tard, autour de la tribu d’Émilie, DRH de 44 ans, d’applaudir les artistes. « Plus fort, plus fort ! Encore une autre ! », scandent-ils alors qu’Anne-Elisabeth Lemoine et -M- les remercient en direct. Mais au-dessus, ça râle toujours : « Bouuuuh, bouuuuh ! » Jusqu’à la pause estivale, vendredi 18 juin.

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