Violente agression d’un collégien à Paris : «Yuriy m’a dit qu’il avait peur de mourir»

Il y a 1 mois 155

C'est un bien triste anniversaire pour Yuriy. L'adolescent, qui fête ses quinze ans ce jeudi, n'est toujours pas sorti de la sédation profonde dans laquelle il a été plongé à l'hôpital Necker, six jours après sa violente agression, sur la dalle Beaugrenelle, à Paris (15e). « Nous lui avons apporté des ballons et un maillot dédicacé offert par l'Athletic club de Boulogne-Billancourt (ACBB), où il s'entraîne trois fois par semaine. Il verra ça quand il ouvrira les yeux », espère Nataliya, sa maman.

A l'entrée du service de réanimation chirurgicale, cette Ukrainienne élégante, aux cheveux blonds et aux yeux vert clair, fait les cent pas. « Ici, nous vivons avec les bips et les chiffres des machines », souffle la jeune cheffe d'entreprise, mère de deux autres enfants. « Le cerveau de mon fils a été touché à plusieurs endroits. On aura une première idée des éventuelles séquelles à son réveil », s'inquiète-t-elle.

La famille de Yuriy a apporté des ballons dans sa chambre d’hôpital pour fêter ses quinze ans. DR La famille de Yuriy a apporté des ballons dans sa chambre d’hôpital pour fêter ses quinze ans. DR  

Nataliya ne peut s'empêcher de parler de son fils au passé. « Yuriy était quelqu'un de très sportif. J'ai très peur de ne pas le retrouver tel qu'il était. Est-ce qu'il nous reconnaîtra ? », s'interroge-t-elle nerveusement. « Je ne sais même pas s'il se souviendra de ce qu'il s'est passé le soir de son agression. »

L'agression de Yuriy s'est déroulée vendredi 15 janvier aux alentours de 18 h 30. Le garçon et quatre autres collégiens se trouvaient sur la dalle Beaugrenelle dans le 15e lorsqu'ils auraient été attaqués par des jeunes un peu plus âgés, armés de battes de base-ball et de béquilles. Les collégiens ont pris la fuite en courant, mais Yuriy, lui, a glissé. Il a été rattrapé par les agresseurs qui l'ont roué de coups à la tête, le laissant quasiment pour mort.

Une employée d'une grande surface située à quelques mètres de là, raconte, les yeux rougis, avoir vu la victime, gisant au sol, juste avant l'arrivée des secours. « C'était vraiment affreux, je ne veux plus y penser », lance-t-elle. « Son visage n'avait plus forme humaine », ajoute une collègue.

Un «bon élève»

Nataliya a été prévenue par la police que son fils avait été agressé. « Quand je suis arrivée, il était toujours conscient. Il m'a dit qu'il avait peur de mourir et qu'il fallait le venger », lâche la mère de famille. Elle prend de grandes inspirations pour ne pas se laisser emporter par ses émotions. « J'ai promis de rester forte. Mais voir votre enfant souffrir comme ça, c'est trop dur », se justifie-t-elle.

Selon le premier certificat médical, Yuriy souffre d'un traumatisme crânien avec plusieurs fractures graves du crâne, d'un hématome entre le cerveau et le crâne et d'une contusion cérébrale. Il a le nez cassé, plusieurs plaies à la cuisse et un doigt fracturé.

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Qu'est-ce qui a pu provoquer un tel déferlement de violences envers cet adolescent ? Au collège Apollinaire, où il est scolarisé, on se dit « étonné, surpris et choqué ». Yuriy y est décrit comme un « plutôt bon élève », qui « ne semble pas être dans une situation compliquée ».

A ce stade, les policiers du 3e district de police judiciaire (DPJ), saisis de l'enquête, semblent écarter la thèse d'une rencontre fortuite entre les deux groupes. Ils cherchent notamment à déterminer si un conflit a pu émerger entre eux, sur les réseaux sociaux ou ailleurs, et dégénérer dans la rue ce vendredi.

A la maison, l'adolescent n'a « jamais » évoqué d'éventuels problèmes avec une autre bande, assure Nataliya. A-t-il de mauvaises fréquentations ? « Je ne peux pas choisir ses amis. Tant qu'il travaille bien à l'école, je ne m'en mêle pas », répond la trentenaire. « Yuriy est un enfant qui sait s'adapter à tous les milieux sociaux. Il joue au football… »

Un coup de téléphone troublant

Seul fait troublant : il y a peu de temps, Yuriy aurait reçu un coup de téléphone anormalement tard, vers 22 heures, qui a duré quelques secondes. A son beau-père, qui s'inquiétait, l'adolescent aurait répondu de façon un peu « sèche », « bizarre » selon sa mère.

Pour faire avancer l'enquête, Nataliya et ses proches ont placardé des affiches un peu partout sur la dalle Beaugrenelle. Ils ont lancé des appels à témoins sur les réseaux sociaux et créé un compte Instagram, où de nombreux témoignages ont déjà afflué. « Beaucoup de jeunes du quartier m'ont raconté qu'ils se faisaient régulièrement agresser sur la dalle par une bande venue de Vanves (Hauts-de-Seine) », raconte-t-elle.

Les proches de Yuriy ont placardé de nombreux appels à témoins sur la dalle Beaugrenelle, près du lieu où l’adolescent a été agressé. LP/Caroline Piquet Les proches de Yuriy ont placardé de nombreux appels à témoins sur la dalle Beaugrenelle, près du lieu où l’adolescent a été agressé. LP/Caroline Piquet  

Le maire (LR) du 15e arrondissement, Philippe Goujon, a pour sa part annoncé la tenue prochaine d'une réunion entre « les partenaires de la sécurité du secteur Beaugrenelle, avec les services de la ville, la police, la justice, les associations et le principal du collège Apollinaire ».

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