#saccageparis : « Nous devons tous prendre soin de notre ville », exhorte Emmanuel Grégoire

Il y a 1 semaine 15

Après avoir tardé à réagir au débat sur la saleté et l'enlaidissement de Paris lancé sur Twitter par des Parisiens, Emmanuel Grégoire, le premier adjoint (PS) monte au front depuis mardi et réplique aux attaques des Internautes. Mais c'est surtout pour dénoncer ce qu'il appelle un « Paris bashing ».

« On peut regarder le ciel en se disant qu'il est plutôt joli ou regarder par terre obstinément la poubelle, la photographier et considérer que c'est l'avenir du monde », a-t-il curieusement répliqué mardi matin sur RTL. Le fidèle lieutenant d'Anne Hidalgo se défend de nier le problème, et veut faire accentuer la répression.

Ces derniers jours, les Parisiens ont partagé des milliers photos sur la saleté et l'enlaidissement de Paris au cours des dernières années. Avez-vous été surpris par l'ampleur du phénomène ?

EMMANUEL GRÉGOIRE. Oui et non. Oui, car il a été monté en épingle et utilisé par la droite et l'extrême droite parisienne pour mettre en place une attaque politique dont le thème est une récurrence chez eux. Non, car c'est malheureusement le lot des réseaux sociaux, avec la création de « bulles » : tout ce que vous y voyez peut sembler représenter la réalité, mais c'est souvent plus complexe que cela. Il y a des problèmes dans Paris, on ne le nie pas. Mais il y a un caractère Paris bashing dans ce hashtag, que nous n'acceptons pas.

Concédez-vous avoir commis des erreurs en végétalisant, par exemple, les pieds des arbres ou en installant des bancs créés à partir de tasseaux de bois ?

Paris a connu une explosion de nouveaux usages de l'espace public qui a engendré de nouvelles nuisances, et il est nécessaire d'apporter des corrections. Ainsi, nous avons enlevé les grilles aux pieds des arbres pour les végétaliser, augmenté la place de la nature en ville et répondu à la volonté des Parisiens qui ont souhaité les entretenir. Certains continuent à le faire, d'autres ont arrêté. Certains portent un regard acide sur les pieds d'arbres végétalisés, d'autres nous demandent d'en faire plus.

Newsletter

L'essentiel du 75

Un tour de l'actualité à Paris et en IDF

Comment accompagner la transformation de l'espace public, tout en restant fidèle à l'histoire patrimoniale dont nous sommes des défenseurs ? Cette question est au cœur de notre manifeste sur l'esthétique parisienne, qui vise notamment à faire l'inventaire des mobiliers ayant trouvé leur place et de ceux qui ne sont pas assez résistants ou qui sont contestables.

Les Parisiens partagent des photos de mobilier urbain (feux de signalisation panneaux dégradés) ou de trottoirs sales ou dégradés. Etes-vous assez réactifs ?

Nous recevons et traitons près de 10 000 signalements chaque semaine. Près de 28 000 corbeilles de rue sont collectées tous les jours, voire plusieurs fois par jour. Bien sûr que nous pouvons nous améliorer. Nous allons continuer à investir car c'est ce à quoi nous nous sommes engagés mais il faut réaliser le coût pour la collectivité. Nous devons tous prendre soin de notre ville.

Des citoyens ont proposé une contre-consultation sur l'esthétique parisienne. N'est-ce pas le signe d'une défiance vis-à-vis de la démocratie participative qui est un des marqueurs d'Anne Hidalgo ?

C'est peut-être un signe de méfiance. Mais cette démarche est très utile. Je vais rencontrer les porteurs de cette consultation paramunicipale, qui complétera utilement nos propres analyses. Nous tiendrons compte de leurs enseignements, mais j'ai le sentiment que nos conclusions ne seront pas très opposées.

Avec le télétravail et les confinements successifs, il y a moins de monde dans les rues et il n'y a plus de touristes depuis un an. Comment expliquez-vous que Paris soit toujours sale ?

Le débat sur la propreté n'est pas nouveau. Jacques Chirac y a été confronté, Bertrand Delanoë aussi. Il existe dans toutes les grandes villes denses. Aujourd'hui viennent s'ajouter des problèmes conjoncturels. A cause de la crise du Covid, le fonctionnement des services publics est un peu tendu. Dix pour cent des agents sont en arrêt parce qu'ils ont le virus ou sont cas contacts (NDLR : ces 10 % s'ajoutent au taux d'absentéisme moyen de 12 %).

Et les lieux de restauration étant fermés, tout le monde mange dehors. Cette situation provoque une production importante de déchets dans les zones de bureaux. Ailleurs, la situation s'est améliorée, en raison de l'absence de touristes et du télétravail. Concernant la lutte contre les problèmes structurels que sont les incivilités, les tags, les dégradations du mobilier urbain ou les dégâts provoqués par les manifestations, nous estimons avoir obtenu des résultats significatifs. Tout n'est pas réglé. Nous allons poursuivre nos efforts.

Vous dites aussi qu'il faut sanctionner les incivilités. Que préconisez-vous ?

L'Etat doit nous aider en autorisant les collectivités à fixer le montant des amendes pour les incivilités. Nos armes juridiques pour lutter contre les entreprises qui déposent massivement des encombrants souvent aux portes de Paris sont trop faibles. Tout comme les sanctions contre l'affichage publicitaire illégal. La répression n'est pas la solution miracle, mais elle indispensable.

En 2024, la capitale sera-t-elle propre et aura-t-elle retrouvé son éclat ?

Nous n'attendrons pas cette échéance. Nous espérons que les touristes retrouveront le Paris qui les fait rêver dès que nos frontières seront rouvertes. Cela doit s'accompagner d'une prise de conscience collective.

Lire la Suite de l'Article