Paris : « La frustration fait naître la colère », se défend Farida, l’infirmière jugée pour des violences contre des policiers

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Des violences ont éclaté en marge de la manifestation des soignants

Des violences ont éclaté en marge de la manifestation des soignants — ESTELLE RUIZ / HANS LUCAS / AFP
Farida C. était jugée pour « outrages » et « violences sans interruption totale de travail » sur personne dépositaire de l’autorité publique. La procureur a requis deux mois de prison avec sursis.  Le jugement est attendu le 3 mai.

Au tribunal correctionnel à Paris,

Farida C. le reconnaît sans détour : le 16 juin dernier, sa réaction était « surdimensionnée », « irréfléchie » même. « Lorsque vous êtes envahie par la colère, vous êtes amenée à faire des gestes qui vous dépassent », confie à la barre de la 29e chambre du tribunal correctionnel de Paris, cette infirmière en gériatrie de 51 ans à la silhouette frêle. Ce jour-là, en marge d’une manifestation pour la revalorisation de l’hôpital, elle a été interpellée sans ménagement, traînée sur le sol par la lanière de son sac à dos et par une mèche de cheveux, après avoir jeté des morceaux de bitume en direction des forces de l’ordre puis leur avoir asséné des doigts d’honneur. La scène, filmée sous toutes ses coutures et devenue virale sur les réseaux sociaux, avait suscité un vif émoi, quelques semaines à peine après la fin de la première vague de l’épidémie de coronavirus.

Droite comme un « i » la barre, les mains jointes, Farida C. reconnaît son geste tout en expliquant sa valeur symbolique. Jamais, assure-t-elle, elle n’a cherché à atteindre les forces de l’ordre. « Mes mains ne blessent pas, mes mains soignent, mes paroles apaisent », insiste celle qui est entrée à l’assistance publique des hôpitaux de Paris (AP-HP), il y a près de 20 ans et fait désormais office de cadre de santé. Selon son récit, en visant les policiers, elle cherchait uniquement à atteindre l’État dont ils sont les représentants. Elle entendait ainsi dénoncer la casse de l’hôpital public qui conduit inexorablement à la dégradation de ses conditions de travail et par là même de la prise en charge des patients. « La frustration fait naître la colère et fait jeter des cailloux sur la police. »

« J’ai perdu la moitié de mes patients »

Farida C. a la voix qui tremble en se remémorant ce printemps 2020 où le coronavirus les a tous pris de court. « J’ai perdu la moitié de mes patients, j’ai fermé des housses du mois de mars jusqu’au 16 juin. » Elle assure avoir perdu son sang-froid en voyant des soignants se faire « gazer ». Nombre d’entre eux, dont certains sont en blouse blanche, ont d’ailleurs fait le déplacement ce lundi, obligeant le tribunal à déménager dans une grande salle. Dans le public, certains sont tentés d’applaudir les réponses de leur collègue ou ricanent bruyamment lorsque Damien Vallot, le commissaire-divisionnaire du 15e arrondissement, partie civile au procès, livre sa version de l’affaire.

A la barre, le fonctionnaire en costume-cravate sombre, décrit deux heures d’affrontements avec les blacks blocs et quelques soignants qui se sont agrégés à ces groupes. A l’instar de Farida C, dont la blouse blanche détonne au milieu de ces manifestants cagoulés et tout de noir vêtu. S’il reconnaît ne pas avoir vu son interpellation, il affirme avoir été marqué par son « incroyable » violence verbale : « sale flic », « à mort les flics ». « En dépit de toute cette confusion, vous avez pu l’entendre distinctement bien que celle-ci soit à 10-15 mètres ? », s’étonne la présidente. Farida C., elle, nie fermement avoir tenu de tels propos, tout comme elle affirme ne pas s’être rebellée. Les images diffusées pendant l’audience, si elles soulignent la violence des affrontements, semblent confirmer la version de la soignante.

Dans ses réquisitions, pédagogiques et mesurées, la procureur de la République a d’ailleurs réclamé sa relaxe tant pour les faits d’injures que pour la rébellion. Elle a, en revanche, requis deux mois de prison avec sursis. Si elle a reconnu des conditions de travail « difficiles », pouvant conduire à un sentiment de « ras-le-bol », la magistrate a rappelé que « la violence se présente toujours comme une contre-violence ». Et d’insister : « finalement, il y a toujours une victime expiatoire, le policier se retrouve à devoir essuyer des jets de cailloux, d’insultes. » Le jugement est attendu le 3 mai.

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