Paris : Célia Blauel, arme secrète d’Anne Hidalgo pour la présidentielle 2022 ?

Il y a 1 semaine 10

Le look n'a pas vraiment changé depuis son entrée en politique, il y a seize ans. Petit carré court et lunettes cerclées de noir. Mais la discrète collaboratrice s'est affirmée et a laissé place à une politique endurcie et stratège.

Célia Blauel, jeune militante écologiste au début des années 2000, fait aujourd'hui partie du cercle rapproché de la maire (PS) de Paris, Anne Hidalgo. A ce titre, elle vient d'être propulsée présidente de Paris en commun, le mouvement lancé en 2019 pour travailler à la réélection de la socialiste à la tête de la capitale, et prend ainsi la place de Jean-Louis Missika, ex-adjoint et «spin doctor» d'Anne Hidalgo.

«Je ne m'y attendais pas mais l'idée de repartir dans une activité militante n'est pas pour me déplaire», explique l'élue de 39 ans. Celle qui, l'été dernier encore, disait vouloir prendre le temps de la réflexion et refusait le poste d'adjointe à l'urbanisme, a-t-elle conscience qu'elle hérite d'un poste qui va potentiellement la replonger dans une bataille politique avec l'élection présidentielle de 2022 en ligne de mire ?

«Paris en commun a été lancé bien avant cette échéance ! L'idée du mouvement, à la base, est d'agiter les idées, d'aller chercher des personnalités différentes pour réfléchir autrement et de rattraper par la manche les orphelins de la politique», rappelle Célia Blauel.

Cette Parisienne d'adoption, originaire d'Alsace, admet néanmoins qu'aujourd'hui, le mouvement pourra peut-être servir à «autre chose». Comme à la préparation d'une candidature à la présidentielle.

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Alors qu'une «plate-forme d'idées» est sur le point d'être lancée par l'entourage de la maire, Célia Blauel confie qu'Anne Hidalgo se rapproche chaque jour un peu plus d'une candidature. «Au début, elle me répondait qu'elle ne se souhaitait pas cette vie. Mais désormais, elle se sent comme une responsabilité. Et d'ailleurs, on voit bien qu'elle est attendue : nos téléphones sonnent beaucoup…» sourit l'élue.

Chez ses anciens collègues d'EELV, les commentaires à son sujet sont parfois acides. Pour l'un d'eux, elle «a beaucoup d'ambition… quitte à renoncer un peu à ses convictions». Chez les écologistes encore, son rapprochement de Jean-Louis Missika – perçu par beaucoup comme un «bétonneur» – en a étonné plus d'un.

Célia Blauel, elle, assume et revendique son amitié pour le conseiller stratégique qui continue de murmurer à l'oreille d'Anne Hidalgo. «Nous avons tissé quelque chose de fort tous les deux. Je m'éclate intellectuellement avec lui! Alors que depuis plusieurs années, nous n'étions plus en phase avec les écologistes.»

Dans les couloirs de l'Hôtel de Ville, son image est très ambivalente. On la dit à la fois «bosseuse», mais aussi «dilettante». «En tout cas, c'est un cerveau qui fonctionne très vite», se souvient un ancien proche. «Elle travaille sans doute moins que certains élus mais c'est aussi parce qu'elle n'a pas envie de se faire totalement happer par la machine politique. Et elle a raison ! C'est un peu ça la nouvelle génération d'élus», observe un autre adjoint.

Désireuse de consacrer du temps à sa famille, cette mère de deux garçons en bas âge avait rejeté le lourd portefeuille de l'urbanisme pour prendre celui, plus «tranquille», de la «prospective et de la résilience».

Rumeurs de rivalité avec Audrey Pulvar

«Avec cette délégation, elle ne fait pas partie des adjoints incontournables. C'est aussi sans doute pour cela qu'elle a accepté la présidence de Paris en commun. C'est une façon de revenir dans le cercle privilégié de la maire qui s'est beaucoup rapprochée d'Audrey Pulvar ces derniers mois», observe un membre de l'exécutif. Aux dires de certains, une rivalité existerait entre les deux adjointes.

«Je ne fais pas partie des gens qui ont toujours besoin de s'afficher aux côtés de la maire. En revanche, Anne Hidalgo sait qu'elle peut me faire confiance», balaie d'un revers de main Célia Blauel. Une confiance qui s'est tissée au cours de la dernière mandature. Alors adjointe chargée de l'environnement, elle est toujours restée fidèle à la maire de Paris.

Pourtant, les sollicitations ont été nombreuses. Elle a un temps été approchée pour entrer dans le gouvernement Hollande, mais aussi par le futur candidat Macron qui multipliait alors les dîners avec les élus pour étendre son réseau en vue de la présidentielle 2017. «A chaque fois, j'en ai parlé ouvertement avec Anne Hidalgo. Et j'ai toujours préféré rester dans son équipe : ça me faisait davantage rêver», rapporte l'intéressée.

Elle parle franchement à Anne Hidalgo

Pourtant, la mandature n'a pas toujours été de tout repos. «Je me souviens d'un comité politique dans son bureau début 2018. A ce moment-là, nous étions la cible de nombreuses critiques. Moi, je rentrais de congé maternité. J'ai pris la parole et dit très clairement ce qui, à mes yeux, ne fonctionnait pas, en disant qu'on allait droit dans le mur pendant que les autres adjoints baissaient le regard. La maire n'a pas du tout apprécié ma sortie et s'est énervée. C'est après coup, quand j'ai reçu plein d'appels d'élus me demandant si j'allais bien, que j'ai compris que j'avais peut-être dépassé les limites», se remémore la jeune femme.

Ce côté désinhibé n'a semble-t-il pas joué contre elle, puisqu'au lancement de Paris en commun, elle a fait partie de l'équipe resserrée chargée de travailler à la réélection d'Anne Hidalgo. A l'époque, rien n'était acquis et Célia Blauel se disait prête à passer à autre chose et changer de vie si la politique s'arrêtait pour elle.

L'idée lui trotte d'ailleurs toujours dans la tête. «La reconversion professionnelle ne me fait pas peur», assure-t-elle. L'adjointe se voit se réinstaller dans sa région alsacienne. «La reconversion du territoire de Fessenheim (NDLR : où la centrale nucléaire a été mise à l'arrêt) par exemple, ça me plairait bien !»

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