Paris : 77 millions d’euros de loyers impayés chez trois bailleurs sociaux

Il y a 1 semaine 18

Les chiffres sont vertigineux. Vingt-trois mille locataires logés dans le parc social Paris Habitat sont endettés. Vingt-trois mille ménages ne sont pas à jour de leur loyer. Dans ce chiffre, il y a près de 800 foyers identifiés, dont l'ardoise oscille entre 12 000 euros et 40 000 euros. Au total, le plus gros bailleur de la Ville de Paris, riche de 120 000 logements, affiche 50 millions d'euros d'impayés de loyers.

Ce chiffre énorme est à mettre en perspective. Il remonte à plusieurs années. Ce qui, en revanche, est très actuel, c'est que, pour l'année 2020 écoulée, c'est-à-dire depuis le début de la crise sanitaire, Paris Habitat affiche une hausse de 10 millions d'euros du trou.

En trois ans, ses impayés ont augmenté de 15 millions d'euros. Le 31 mars 2018, la somme s'élevait à 35 millions d'euros. Il n'y a cependant pas eu, cette année, davantage de locataires endettés. Ce qui a augmenté, c'est « l'ardoise » de ceux qui sont le plus en difficulté financière.

La crise sanitaire première responsable

La RIVP et Elogie-Siemp, les deux autres bailleurs de la ville de Paris sont également « dans le rouge ». Ils affichent respectivement 17 millions d'euros et 10,1 millions d'euros d'impayés de loyers.

« La crise sanitaire a eu des conséquences financières et a donc touché les locataires HLM pas seulement parisiens mais sur toute la France, recadre-t-on à l'AORIF, l'association qui rassemble les organismes franciliens de logement social. Les bailleurs nous ont dit qu'ils voyaient arriver des profils de locataires endettés qu'ils ne voyaient pas avant : artisans, commerçants, autoentrepreneurs. Beaucoup de bailleurs ont d'ailleurs mis en place, dès le premier confinement, des cellules sociales sur les impayés pour aider les « primo-débiteurs » à trouver des solutions. »

Pour ces locataires, il s'agit souvent de petites dettes. « C'est une situation maîtrisée, assure Ian Brossat, l'adjoint (PCF) de la maire de Paris. Il y a eu un effort sans précédent du bailleur et de ses services sociaux pour leur sortir la tête de l'eau ».

Situation psychologique dégradée

Echelonnement de la dette, aides sociales, proposition de logements moins chers, place en résidence personnes âgées du CASVP (centre d'aide sociale de la ville de Paris), hébergement en foyers… En un mois, au 31 mars, Paris Habitat a réussi à faire sortir de la situation d'impayés 1 368 locataires.

En revanche, la situation des plus endettés s'est invitée au dernier conseil d'administration (CA) du 1er avril. « Nous avons des familles dans une situation aussi dégradée psychologiquement que matériellement », s'est ému Jean-Jacques Anding, représentant les locataires pour la CLCV qui souhaitait « une exonération de la dette pour un certain nombre de familles, dans la mesure où elles ne sont pas de mauvaise foi ».

Un fonds spécial sera mis en place pour un an

Au final, un « fonds d'aide pour les locataires en impayés de loyers » pour une durée de 1 an a été créé. Ne sont donc pas éligibles les locataires « de mauvaise foi », c'est-à-dire ceux qui refusent d'ouvrir leur porte depuis des années au gardien, aux services sociaux, ceux qui causent des troubles de jouissance, ceux qui sont non-titulaires d'un bail en cours ou d'un bail résilié, ceux qui sont suspectés de trafic de stupéfiants…

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Pour la plupart des ménages ciblés en grande difficulté, il s'agit majoritairement d'hommes isolés, plutôt la cinquantaine. Il y a cependant quelques familles — « Elles sacralisent le toit et donc le loyer », indique une source proche du dossier —, dont un couple avec un enfant de 6 ans.

Jean-Baptiste Olivier, « le seul élu de droite (LR) au conseil d'administration de Paris Habitat » a voté « pour » jeudi dernier… « Je ne me suis pas opposé à ce dispositif, sachant qu'il ne couvre qu'un an ». Et d'ajouter : « On s'étonne que le bailleur ait 50 millions d'euros d'impayés, mais ces locataires qui ont 40 000 euros de dettes, ça fait des années qu'ils ne paient plus leur loyer. »

Eviter les expulsions

Ce fonds proposera un abandon partiel de créances. Paris habitat a invité d'autres partenaires autour de la table, Ville, Etat, CAF… qui vont mettre la main au porte-monnaie.

En toile de fond et en pleine crise, « avec une paupérisation des locataires », note Ian Brossat, il y a la volonté du bailleur d'éviter les expulsions qui reprendront en juin. La trêve hivernale a été prolongée. « L'année dernière, il n'y a eu que cinq locataires expulsés », se réjouit l'adjoint au maire. Pour Paris Habitat, qui prône « Zéro mise à la rue », « une expulsion est un échec pour tout le monde ».

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