Les Pavillons-sous-Bois : deux anciens employés de la MAS jugés après des violences contre un jeune autiste

Il y a 1 semaine 16

Les images avaient choqué jusqu'au sein du gouvernement, la secrétaire d'État chargée des personnes handicapées s'était elle-même indignée : l'affaire des violences à la Maison d'accueil spécialisée (MAS) des Pavillons-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) était jugée, ce vendredi 19 février 2021, au tribunal judiciaire de Bobigny.

Les deux prévenus absents à l'audience

Sur la vidéo, tournée le 18 juin 2019, on voyait un éducateur menacer et frapper à coup de bâton, le jeune Tédrick, lors d'une sortie dans un stade. La victime, âgée de 29 ans à l'époque et autiste, poussait des cris de douleur. La scène filmée par une autre employée, une aide psychologique, avait été diffusée sur les réseaux sociaux et dans les médias. La mère de Tédrick avait décidé de porter plainte contre X. 

Ce vendredi, l'éducateur était convoqué au tribunal pour être jugé pour "violences aggravées". Son ancienne collègue, elle, était jugée pour ne pas être intervenue ni avoir prévenu les autorités ou sa hiérarchie alors que les faits se déroulaient sous ses yeux. Mais aucun des deux ne s'est présenté à l'audience. Une absence qui a choqué dans la salle. 

La victime garde des séquelles psychologiques

La famille de Tédrick, elle, était bien présente : son grand frère, sa grande sœur et sa mère, qui a témoigné à la barre. Un an et demi après les faits, son fils garde encore des séquelles psychologiques, assure-t-elle : "Ce matin, il savait que j'allais au tribunal pour ça, il était agité, tourmenté". Si l'éducation mis en cause ne travaille plus à la MAS (il a été licencié pour faute grave), d'autres sont toujours là  et c'est ce qui inquiète cette mère, persuadée que certains savaient et couvraient des maltraitances récurrentes.

10 mois de prison ferme requis contre l'éducateur

Lors de son audition, en garde à vue, l'éducateur a reconnu les faits et les coups de bâton. "J'ai pété un câble", explique-t-il, en répétant que Tédrick était particulièrement agité ce jour-là. Une reconnaissance des faits "qui manque de sincérité" selon l'avocate de la victime. Si le prévenu reconnaît avoir porté des coups, il affirme qu'il a visé les baskets de la victime. Or, les examens médicaux prouvent qu'elle a bien reçu des coups au niveau de la cuisse et du bras, laissant d'importants hématomes. 

La procureure n'est pas convaincue non plus par ce mea culpa. "La vidéo montre sans ambiguïté des faits de violences... On est au-delà du simple pétage de plombs", dit-elle, en citant les menaces verbales qu'on peut entendre également lors de cette scène, "je vais te casser les dents" notamment. Elle requiert 10 mois de prison ferme contre cet éducateur et une interdiction d'exercer définitive auprès du même genre de public.

Jugement attendu le 26 février

Concernant l'employée accusée d'avoir filmé la scène avec son téléphone portable, le président du tribunal n'a pas caché son incompréhension. "Je me demande pourquoi, elle n'a pas pensé à utiliser son téléphone pour prévenir sa hiérarchie ou la police ou même les secours pour qu'ils viennent aider la victime ?". Dans son audition, la jeune trentenaire, explique qu'elle avait peur de l'éducateur. La procureure réclame 6 mois de prison avec sursis contre cette femme et une interdiction d'exercer pendant 5 ans. 

L'avocate de Tédrick réclame pour son client 40.000 euros de dommages et intérêts pour le préjudice moral subi et 20.000 euros au même titre pour sa mère. Le jugement sera rendu le 26 février prochain.

La gestion de la MAS en question

Au-delà du cas de ces deux employés, c'est le fonctionnement même de la MAS qui a suscité des interrogations pendant cette audience. La directrice au moment des faits (écartée depuis), a affirmé lors de son audition avoir appelé un médecin dès le lendemain des faits, soit le 19 juin, pour faire constater les blessures de la victime. Or, aucune trace écrite, aucun certificat ne prouve ce rendez-vous. Le premier examen a lieu le 25 juin après que Monique emmène son fils voir un médecin et le certificat qui établira 6 jours d' ITT pour la victime sera délivré seulement lors d'un second rendez-vous, le 28 juin. 

Au cours de la quarantaine d'auditions menées, les enquêteurs réalisent que deux clans se renvoient la balle à la MAS, ceux qui soutiennent l'éducateur qui n'a jamais été violent selon eux avec cet épisode et les autres qui le qualifient de "racaille" ou "du chouchou" de la direction qui n'avait rien à redire sur ses méthodes. 

L'avocate de Tédrick rappelle que le prévenu n'avait aucun diplôme qualifiant pour s'occuper de personnes en situation de handicap. "Il avait un diplôme d'animateur sportif et un BAFA seulement". Aussi, plusieurs familles avaient déjà fait des signalements ces dernières années sur des soupçons de maltraitances, auprès de l'association qui gérait la MAS et auprès de l'Agence régionale de Santé, en vain. Combien de Tédrick ont pu être victimes du même genre d'actes et surtout, combien d'autres auraient pu subir le même sort, s'interroge aujourd'hui sa mère. 

"Quand on est humain, on ne tape pas !" - Monique François, mère de la victime

Lire la Suite de l'Article