«Le garagiste ne peut plus nous sponsoriser» : plongée dans un club plombé par le Covid-19

Il y a 4 jours 11

« Moi, je pense que ça sera pour fin février. » « Non, je dis plutôt mars. » A quelques mètres de la ligne de touche, Leevan et Ali s'échappent quelques minutes de l'entraînement. Au petit jeu des hypothèses, les deux adolescents arrivent à la même conclusion : personne ne sait vraiment quand ils pourront disputer de nouveau un match sous le maillot de Marly-la-Ville. A l'instar de tous les clubs de football amateur, plongés dans l'incertitude par la crise sanitaire.

« On n'évoque même plus le sujet de la reprise, l'idée, c'est avant tout qu'ils profitent de pouvoir s'entraîner ensemble », souligne Alexandre Delforge, l'entraîneur de ces U14 du Val-d'Oise qui n'ont pu disputer qu'une poignée de matchs avant le reconfinement fin octobre. Depuis, le protocole Covid-19 leur permet de s'entraîner, mais sans contact. Et surtout sans perspectives pour le moment de recroiser une équipe adverse. « C'est difficile, mais on ne veut pas leur faire de fausses promesses, décrit le responsable technique, Stéphane Viargues. On est comme eux, dans l'attente. »

« Ça nous a fait perdre des jeunes en route, ceux qui étaient un peu moins motivés. Sans compétition, certains perdent l'envie de venir », poursuit l'éducateur. A la reprise, cet été, ils étaient déjà bien moins nombreux. La crise du coronavirus a fait descendre l'Etoile Sportive de Marly-la-Ville de 438 à 378 licenciés. « On a perdu le contact avec certains jeunes joueurs pendant le premier confinement. On a eu du mal à relancer les catégories U16 et U18 », souffle le président du club, Paulin Kazumba.

Le budget du club dirigé par Paulin Kazumba a chuté.LP/Arnaud Dumontier Le budget du club dirigé par Paulin Kazumba a chuté.LP/Arnaud Dumontier  

Le club du Val-d'Oise, dont l'équipe fanion a vu son championnat Régional 3 s'arrêter, est particulièrement touché par les conséquences de la pandémie. A l'échelle nationale, la Fédération française de football enregistre une baisse de 8,5 % de licenciés entre décembre 2019 et décembre 2020. Moins que d'autres sports qui ont parfois vu un quart de leurs pratiquants s'évaporer, mais conséquent pour la première fédération de France. A Marly-la-Ville, la baisse des licenciés a contribué à plomber les comptes, avec un budget passé de plus de 110 000 à 80 000 euros.

Des familles négocient le prix de la licence

« Avec les contraintes sanitaires, on n'a pas pu organiser la brocante qui rapporte entre 4000 et 6000 euros, le loto qui amène 3000, énumère Paulin Kazumba. Le contexte économique joue aussi contre nous. Le garagiste du coin, un de nos partenaires réguliers, nous dit qu'il ne peut plus nous sponsoriser pour le moment. Il faut comprendre, il a son entreprise à faire tourner et ses propres contraintes. »

En quelques mois, les contributions des partenaires du club sont descendues de 11 000 à 6500 euros. Signe des difficultés économiques de l'époque, certains ont négocié le prix de la licence, de 160 à 220 euros à l'année selon la catégorie. « On ne se voyait pas dire : Vous payez, et c'est tout, assure le dirigeant. Pour l'instant, on tient avec les aides de la mairie, de la Fédération, de la Ligue et du district. Mais il faut voir à plus long terme. »

Les jeunes joueurs doivent se laver les mains au gel hydroalcoolique avant de rentrer sur la pelouse.LP/Arnaud Dumontier Les jeunes joueurs doivent se laver les mains au gel hydroalcoolique avant de rentrer sur la pelouse.LP/Arnaud Dumontier  

En attendant une éventuelle reprise cette saison, le club se démène entre entraînements adaptés au couvre-feu à 20 heures, séances pendant les vacances scolaires et animations sur les réseaux sociaux. « Cette crise ne nous amène pas que du négatif, estime Stéphane Viargues. On axe beaucoup plus sur l'associatif que le sportif, mais on crée des liens forts. »

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Le responsable technique lève la tête. Sous ses yeux, les U14 enchaînent les ateliers, sans opposition, dans le froid du début du mois de janvier. Combien seront-ils dans un mois ? Au collège, Ali et Leevan ont un copain qui ne veut plus venir au football : « Ses parents ont peur qu'il ramène le Covid-19 à la maison. »

« Sans même parler de l'épidémie, est-ce que toutes les familles vont vouloir continuer à payer des licences pour que les enfants viennent faire des passes ?, s'interroge leur président. Et est-ce qu'on récupérera tous ceux qui sont partis ? » A l'extérieur de l'enceinte, Perrine et Anna s'échauffent. « C'est vrai que la licence coûte cher pour ce que l'on peut faire, glissent les deux joueuses de l'équipe senior de Marly-la-Ville. Plusieurs filles ne viennent plus trop. En fait, le foot, c'était une habitude. Et avec le confinement, on l'a un peu perdue. »

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