Agressions sexuelles dans les transports franciliens : «Je voulais que ça se sache, j’étais en colère»

Il y a 2 semaines 15

Un homme qui s'assied sur le strapontin en face d'elle puis quelques mots. D'abord des compliments déplacés avant que ne viennent les gestes. C'est ainsi qu'a débuté l'agression dont a été victime Safietou, une habitante de Seine-et-Marne, aujourd'hui âgée de 23 ans. La scène se déroule un jour de décembre 2018 sur la ligne 7 du métro. « Ce n'était pas mon trajet habituel », relate la jeune femme, qui se souvient encore de chaque détail. Il lui dit d'abord : « Vous êtes belle. » Il passe sa langue sur ses lèvres.

Puis, il commence à se caresser l'entrejambe ostensiblement. Safietou sort son téléphone portable et filme. D'autant que son cauchemar ne s'arrête pas à cette exhibition. Car la jeune femme sort de la rame pour suivre une correspondance par la ligne 1. L'homme la suit. Elle est stressée. Dans les escalators, il la colle, lui tient le bras, lui propose d'aller boire un verre.

Finalement, elle parvient à s'en dépêtrer et partage la vidéo sur les réseaux sociaux, pensant montrer « un pervers de plus ». Mais rapidement les compteurs s'emballent, on compte plus de 32000 partages et, surtout, les témoignages arrivent concernant l'agresseur dont on voit le visage. Car l'homme n'en est pas à son coup d'essai. Il a déjà été filmé dans la ligne C du RER, sur la ligne D. Il s'appelle Munir, est âgé de 49 ans et est originaire du Bangladesh.

«Un autre, une fois, m'a touché la jambe»

Une autre femme tombée sur la vidéo de Safietou avait elle aussi porté plainte contre le même harceleur, qui se serait également masturbé devant elle. Mais c'est le témoignage d'un homme disant que sa sœur mineure a été victime de cet homme qui pousse Safietou à déposer plainte. « Ce n'était pas la première fois que j'étais victime de harcèlement, confie-t-elle. C'était même toutes les semaines d'avoir des gens se frottant à moi. »

VIDÉO. Safietou a osé filmer son agresseur dans le métro alors qu'il se masturbait face à elle

Retrouvé facilement, le harceleur de la ligne 7 est condamné en juin 2019 à 8 mois de prison avec sursis pour « exhibition sexuelle » et d'« outrage sexiste ». Après ça, Safietou a eu du mal à reprendre les transports : « Je ne voulais pas sortir. »

«Beaucoup de femmes ne signalent pas ces faits»

Louise, 26 ans, a elle aussi croisé le chemin d'un frotteur, le 8 octobre 2019 sur la ligne 13. Elle aussi est habituée à croiser ces hommes dont le hobby est de profiter de l'affluence pour frotter leur sexe contre des femmes. « Cela m'était arrivé cinq fois environ, relate Louise. Je prends beaucoup la ligne 13. » Ce jour-là, son agresseur a dans les 25 ans, il mesure 1,85 m. Et cette nouvelle fois est pour elle la fois de trop. « Je m'en suis voulu de ne rien avoir dit sur le moment, d'avoir été sidérée. Je m'en serais encore plus voulu de ne pas déposer plainte », rembobine la jeune femme.

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Elle se rend au commissariat du 12e arrondissement parisien pour déposer plainte après avoir été éconduite du poste de police de la gare Saint-Lazare (Paris, 9e) débordé à ce moment de la journée. Mais Louise tient à tout prix à déposer plainte pour évacuer cette histoire. « Mon idée était, en déposant plainte, de dire que c'est arrivé. Je voulais que ça se sache. J'étais en colère. Beaucoup de femmes ne signalent pas ces faits et les chiffres des agressions sexuelles dans les transports sont certainement en dessous de la réalité. » Elle a depuis repris le métro sans être agressée.

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